Écrire sur une grand-mère inconnue : une main trace la phrase « je ne sais rien d’elle » dans un carnet, symbole d’un récit familial qui commence malgré le silence.

  • Jul 21, 2025

Écrire sur ses ancêtres, même sans souvenirs : oui, mais comment ?

  • Stéphanie Bara - Ateliers Libérer Ses écrits
  • Biographie

« J’aimerais écrire sur ma grand-mère, mais je ne sais rien sur elle. » Cette phrase, je l’entends souvent lors de mes ateliers d’écriture de récit familial. Comment écrire l’histoire d’un ancêtre dont on n'a aucune trace ? Comment faire récit quand le silence a tout recouvert ? Dans cet article, je te montre comment écrire sur ses aïeux même sans souvenirs, en partant du peu, du presque rien.

Pourquoi écrire sur ses aïeux ?

Dans mon quotidien de prête-plume et animatrice d’ateliers d’écriture de récit familial, j’échange avec de nombreuses personnes qui désirent écrire leur histoire. La vie d’un aïeul inconnu, d’une grand-mère adorée, d’un père taiseux… ou qui souhaitent écrire leur propre parcours de vie.

Leur projet oscille entre quête identitaire, désir de transmission ou encore besoin de réparer ou de se relier. L’écriture devient alors ce lien avec ses racines. Lien qui n’a pas pu se créer avant. Lien avec les inconnu·e·s de l’arbre généalogique... Dans tous les cas, le mouvement de l’écriture suit un fil entre hier et aujourd’hui.

Raconter ce qu’on n’a pas connu devient un geste de mémoire.

Mais comment ne pas se laisser impressionner par une foule d’inconnu·e·s ou un silence opaque ? Comment s’y prendre pour faire récit ?

Peut-on écrire sans souvenir ? (Oui, et voici comment)

 Rien. Je n’ai rien.

Pas même un prénom ? Une photo ? Une émotion ? Une phrase ?

 Nos arbres généalogiques pullulent parfois de ces silhouettes sombres. Les pères ou mères inconnu·e·s se disputent les vides et les coulisses de la scène familiale. Et c’est précisément là que l’écriture prend le relais. Parce que « rien », c’est déjà quelque chose. Quand je raconte tout ce que j’ignore d’un personnage de mon roman familial, je le dessine déjà un peu. À mon insu, les mots en brossent les contours. Ce que je ne sais pas vient raconter une version de ce personnage.

En quelques lignes, une re-création s’opère sous mes yeux. Écrire avec les bribes du presque-rien devient une enquête à travers soi plutôt qu’une recherche aux archives départementales. L’écriture me relie, elle tisse un fil et raccommode en apaisant quelque chose en soi.

Les bienfaits d’écrire sur ses aïeux, même sans tout savoir

Donner forme à son histoire, en faire apparaître les personnages, les lieux, les vies dont on sait parfois si peu, c’est se donner une place.

C’est trouver ou retrouver une place à soi dans l’arbre. En conscience et en mots.

C’est apaiser, réhabiliter, transmettre autrement.

C’est laisser une trace, pour soi et pour les autres.

L’écriture de son récit ou de son roman familial crée du lien, même avec les absents. Un véritable chemin de découverte de soi avec l’écriture pour moyen de transport. Une voie qui permet de choisir la trace que nous laissons. D’autre part, quand je raconte la vie d’un ancêtre, je transforme ma vision de ce personnage. Pour le meilleur ou pour le pire, mais je retrouve mon indépendance, ma souveraineté et ma place au milieu de tous ces personnages qui forment mon roman familial.

Comment se lancer dans l’aventure de l’écriture de son récit familial ?

 « Je ne sais pas par où commencer. » est l’une des questions les plus courantes et, comme le dirait Marguerite Duras, l’une des plus dangereuses aussi, car il s’agit avant tout de commencer.

 Par un personnage. Par un lieu. Par une émotion. Par une scène. Par un vêtement.

 Par quelque chose qui mène à l’humain. Rien de plus, rien de moins.

Dans mes ateliers d’écriture de récit familial, j’aime lire de nombreux extraits de romans. Ils aident les participant·e·s à trouver une porte d’entrée vers leur propre récit. J’aime proposer d’écrire une liste en début d’atelier. Une liste, par exemple, à la manière d’Isabelle Monnin dans « Odette Froyard en trois façons », Gallimard, 2024.

Des silences de ma grand-mère, de tout ce qu’elle n’avait pas dit, je pouvais, à défaut de les combler, au moins dresser une liste.

 

Elle ne dit pas que tiens, on pourrait aller se balader à Gray.

Elle ne dit pas les prénoms de ses parents et l’odeur de sa grand-mère.

Elle ne dit pas qui était sa meilleure copine quand elle avait neuf ans et si parfois elle lui disait : je te cause plus.

Elle ne dit pas des anecdotes trop longues, elle ne dit aucune anecdote.

Elle ne dit pas qu’existait un monde avant que je l’habite.

Elle ne dit pas comment elle a rencontré Félicien.

Elle ne dit pas qui elle admire ou déteste ou s’en fiche.

Elle ne dit pas quel est son mot préféré.

Elle ne dit pas de quoi elle a peur.

Elle ne dit pas ce qu’elle désire, ni si elle rêve.

Elle ne dit pas le hachoir de certains chagrins.

Elle ne dit pas l’incendie de l’amour.

 

Il devient ensuite plus facile, d’embarquer en écriture à partir d’un des éléments de la liste. J’encourage aussi à faire confiance au processus d’écriture. Le poète René Char nous souffle à l’oreille que « Les mots savent de nous des choses que nous ignorons d’eux. »

Cette écriture, entre bribes d’informations, suppositions et fiction, est un voyage extraordinaire au cœur de soi.

Elle favorise les associations d’idées et les prises de conscience.

Les consignes d’écriture créative libèrent de la peur de se lancer et de la pression du résultat. La présence du groupe amplifie ce flux d’écriture et les échangent qui suivent la lecture-partage nourrissent l’après-atelier.

 Ne « rien » savoir n’est pas un obstacle, c’est un point de départ.

Avant que l'on se quitte, je t’invite à ouvrir un carnet, puis à choisir un personnage de ton arbre généalogique. Un personnage dont tu ne sais « rien ». Et de lister, à la manière d’Isabelle Monnin, tout ce que ce personnage ne dit pas.  Peut-être, plus tard, rejoindras-tu un atelier d’écriture de récit familial, près de chez toi ou en visio, pour déployer ton écriture.

✍️ Prêt·e à commencer ton récit familial ?


Commence par cette première liste. Et si tu veux être accompagné·e, découvre l’atelier par courriel “Dans le silence des mots” pour t’écrire un premier pas vers ton histoire familiale en partant du silence.

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